Ce qui suit se veut être une analyse, certes, imparfaite, de l'évolution de la situation des musiciens en général et organistes
en particulier, au fil du temps, en fonction des mutations de société, depuis le début des sixties.
Ce n'est pas une bible, mais une invitation à la réflexion, effectuée par Eddy DELHAYE, directeur de Promojazz et
organiste. Bien qu'ayant une passion particulière pour l'orgue Hammond, il n'a jamais dû vivre de ses prestations, et n'a jamais, dès lors, du se battre pour se "mettre en avant". C'est donc de manière certes personnelle, mais non intéressée,
qu'il vous confie son analyse.
Vous pouvez y répondre sur le forum, bien entendu (si possible de manière cordiale et constructive)

L' ARRIVEE DU B3 EN EUROPE
Si l'orgue Hammond, au niveau planétaire a été connu par l'intermédiaire de Jimmy Smith, son introduction en France a
pour nom: Lou Bennett , Rhoda Scott et Eddy Louiss (qui a découvert le B3 grâce à Lou Bennett)
Ces trois figures de référence ont permis de faire connaître des figures légendaires comme Kenny Clarke et René Thomas
(liste non limitative)
Nous étions à l'époque, au début des "golden sixties", époque de prospérité, de relatif plein emploi, bref, il y avait des
sous à gogo, d'où le nom de "Golden Sixties"....
...et pourtant: la condition de musicien, à cette époque, n'était pas proportionnelle à sa richesse, et pas forcément plus brillante qu'actuellement :  faut t'il en déduire que l' Homme restera toujours le prédateur de l' Homme ?
Il n'empêche qu'à cette époque, il y avait, sur le "marché", 3 ou 4 organistes de talent, qui ont fait leurs marques en
jouant avec des partenaires prestigieux.
Mais ne nous leurrons pas: beaucoup de musiciens, même du plus haut niveau, avaient du mal à boucler les fins de mois.
Je pourrais à cet égard vous raconter plein d'anecdotes de cette époque: je m'abstiendrai, sous peine de mettre en cause
des personnes encore vivantes...

D'ALORS A MAINTENANT:
"Plus ça change, plus c'est la même chose"...
Qu'est ce qui a changé depuis les sixties ?
* L'offre et la demande:
L'orgue Hammond, dans le jazz, retrouve ses marques : il y a maintenant, au bas mot, une dizaine d'organistes de valeur en
France + une autre vingtaine dans les pays Européens limitrophes, tout cela pour une demande non extensible.
De la même manière que le nuage de Tchernobyl s'était arrêté à la frontière Française..., nous constatons une même forme
de "protectionnisme à la Française" au niveau des musiciens: il y a à cela des raisons:
* Le statut des Intermittents du spectacles"
Si celui-ci apporte aux musiciens, une sécurité financière appréciable, cela représente un surcoût assez conséquent
pour les organisateurs de spectacles: tout compris coefficient 2 entre le net cachet et le brut tout compris!
En clair, cela veut dire que, même en tenant compte des frais de transports, il est souvent moins onéreux de faire venir
un groupe d'un pays limitrophe qu'un groupe Français (vu les charges sociales moindres extra muros)
C'est un fait essentiellement politique et "brûlant" : je me garderai bien de lancer un débat sur le sujet !
(Ce n'est pas propre aux musiciens, cfr le fantasme du "plombier Polonais"...)

CONCEPT DE JAZZ EUROPEEN
On peut toujours rêver d'une situation où le "coût relatif brut par musicien" soit équivalent dans tous les pays d'Europe.
Cela permettrait de somptueux échanges culturels au plus grand profit de chacun et également une source
d'enrichissement culturel remarquable et permanent.
Pourquoi jazz Européen et non mondial, me direz vous ?
Vous avez raison, mais commençons par l'entité que nous essayons de construire: soyons cohérents entre nous, Européens
et puis ouvrons nous sur toute la planète Terre.

LE POUVOIR DU NOM ET DES STATES...
Que ce soit en France ou à l'étranger, certains artistes se sont fabriqué un nom, qui fait que lors de festivals, on vend
un nom et pas toujours une qualité de prestation en regard ni avec le nom ni avec le cachet réclamé.
Cela atteint parfois les limites de l'acceptable: il m'est arrivé d'assister à des concerts de "stars", qui, pardonnez moi
l'expression, se foutaient royalement de leur public et de leur employeur.
Comble de la stupidité: si vous êtes musicien ou groupe made in USA, votre valeur ajoutée s'envole.
Exemple: le nom "Chicago Blues festival" ne désigne pas un groupe déterminé, mais un concept commercial dont
les musiciens varient selon les époques et circonstances ...
Cela revient à acheter un "package", une marque, dont on ne connaît pas, qualitativement,  le contenu !
Il en va de même en ce qui concerne l'annulation de concerts arrangés d'avance...

JAZZ ET NOTORIÉTÉ
En fonction de ce qui précède, et aussi longtemps que notre Président me fait confiance, je me battrai pour mettre
en avant, dans le cadre des programmations Promojazz, des artistes ou groupes qui sortent du lot, qui présentent
une originalité de composition et/ou d'interprétation,  en conformité avec les ressources des
festivals ou clubs qui nous font confiance.
Il s'agit d'une tâche ingrate, ayant reçu depuis Novembre 2004 (création de Promojazz) une centaine de cv et cd démos
de groupes ou artistes divers.
Travail ardu et certainement subjectif : pour reprendre ce que me disait Lou Bennett, le jazz, c'est ce qui te donne envie
de taper du pied..., de claquer dans tes doigts... .

JAZZ ET ORGUE HAMMOND
Bien que Promojazz affiche clairement son attachement à l'orgue Hammond, il serait bien sot de s'enfermer dans le
culte d'un instrument, aussi génial soit t'il.
C'est ainsi que dans les programmations 2006, vous trouverez probablement de nouveaux artistes non directement
liés à l'orgue Hammond, tels Bay Kamara Jr  (voir sélection albums)

Très cordialement à toutes et tous

EDDY DELHAYE
Directeur Promojazz